Un scénario funeste

بواسطة abbe

Isselkou Ahmed Izid Bih

    En 2003, la déstabilisation délibérée de l’Irak, sous des prétextes fallacieux, a plongé le Proche-Orient dans un chaos dont les conséquences multiples et désastreuses se font encore sentir ; en 2011, la déstabilisation délibérée de la Libye, sous des prétextes fallacieux, a plongé ce pays, la bande sahélo-saharienne et la Méditerranée centrale dans un chaos dont les conséquences multiples et désastreuses se font encore sentir, jusqu’en Europe ; en 2012, la déstabilisation délibérée de la Syrie, sous des prétextes fallacieux, a plongé la Méditerranée orientale dans un chaos dont les conséquences multiples et désastreuses se font encore sentir,  y compris en Europe. 
Si l’exécution du scénario de changement de régime a bien fonctionné dans les trois pays arabes -avec un temps de retard en Syrie-, cela est dû à plusieurs facteurs dont on peut citer :
⁃ le déséquilibre abyssal du rapport de force en matière de ressources, notamment technologiques ;
⁃ le déficit de cohésion sociale dans les trois pays arabes concernés, en raison de la persistence des lignes de fractures ethniques et tribales, d’un  système éducatif inadapté et d’une gouvernance politique inappropriée ; 
⁃ un miroir aux alouettes à propos des thèmes de liberté, de prospérité et de souveraineté, régulièrement (depuis Laurence d’Arabie !) tendu à des populations souvent éprouvées ;
⁃ une “cinquième colonne” politiquement hétéroclite, comprenant des agents issus de la diaspora, des mouvements politiques “candides” -à l’image des Frères musulmans ;
⁃ un Conseil de sécurité de l’ONU impuissant face au piétinement éhonté du droit international.
     En 2026, en plein ramadan, une tentative de rééditer le scénario irako-syro-libyen est en cours en Iran, conformément au fameux plan des “sept guerres en cinq ans” ; si cette tentative réussit, la planète entière devra s’attendre à des conséquences multiples et autrement plus désastreuses que celles cumulées suite aux agressions iniques contre les trois pays arabes précités, car : 
1- la population iranienne est d’environ 15% supérieure à celle cumulée de l’Irak, de la Libye et de la Syrie ;
2- l’Iran est un verrou central d’un point de vue géostratégique, s’il venait à sauter, ce serait la boîte de Pandore, sur le triple plan humanitaire, économique et sécuritaire ; 
3- le mythe du martyr est constitutif de la culture iranienne.
     Si l’Iran résiste encore à cette agression sans précédent, seul et après avoir perdu plusieurs personnalités centrales de son appareil d’État, c’est, en partie, en raison du peu d’écho reservé, par la population iranienne, aux appels pressants lancés par ses agresseurs en chef, les incitant à se soulever contre leur gouvernement ; cette population prive ainsi ses agresseurs de la fameuse “cinquième colonne” si réactive sous d’autres cieux… Il faut dire que les Printemps arabe successifs semblent avoir “immunisé” les populations de la région contre des narratifs cyniques, erronés, éculés.
     L’Iran n’aurait jamais dû s’attaquer à ses voisins arabes, car, de telles attaques sont injustifiables ; ces pays n’ont pas mené d’actions hostiles à l’Iran, bien au contraire, ils ont tout fait pour épargner à l’Iran, à la région et au monde le désastre en cours. En Islam, les droits du voisin sont notoires, comme le stipule le saint Hadith : « Gabriel n'a cessé de me recommander le voisin au point que j'ai cru qu'il allait l'intégrer dans le droit de l'héritage ».  
Sur un autre plan, ces attaques sont susceptibles d’accentuer l’isolement dipolomatique de l’Iran, notamment au sein de l’OCI et pourraient le priver de précieux canaux de négociation avec ses ennemis déclarés, en vue de mettre fin à leur agression. 
         Grisés par leur puissance de feu, sur le point d’être rattrapés par des “dossiers" où le sordide le dispute au génocidaire, les va-t-en-guerre, auteurs de cette énième équipée meurtrière au Moyen-Orient sauront-ils refreiner, à temps, leur instinct belliqueux et épargner ainsi  à l’humanité tout entière leur scénario funeste ou, au contraire, persévéreront-ils dans leur tragique fuite en avant, au risque d’embraser durablement une vaste région pourvoyeuse de 20% du pétrole et du GNL consommés dans le monde ?

Isselkou Ahmed Izid Bih